Pirates, pas serieux
Munich, 19 janvier 2025 - Quoi de mieux, par les temps qui courent, qu’une soirée de pur amusement, composée d’humour british et de musique pleine d’entrain, de voix magnifiques, de danses et acrobaties, de costumes colorés et décors hilarants? Pas grand-chose, en effet.
La nouvelle production du Gärtnerplatztheater offre tout cela et plus. On peut regretter un peu le choix de présenter une traduction allemande de l’œuvre - en lisant les surtitres anglais on se rend compte qu’une partie de l’esprit original a été lost in translation. La vivacité exubérante de la mise en scène d’Adam Cooper, l’engagement et la joie de jouer (dommage que la belle expression allemande, Spielfreude, ne se soit pas imposée dans d’autres langues) évidente des chanteuses et chanteurs, sans parler de leurs prouesses vocales, sont une récompense adéquate. Ils pallient aussi l’absurdité la trame qui sert uniquement d’arrière-plan pour une série de gags et de blagues au détriment des autorités, de la noblesse et du snobisme et du romantisme sous toutes ses formes : Par une erreur absurde, le jeune Frederic, interprété par Matteo Ivan Rašić, tout en tendresse qui sied parfaitement à sa voix, a fait un apprentissage de pirate. C’est pendant l’ouverture que nous voyons comme sa nourrice (Katja Ladentin la joue à merveille) le dépose au pied du bateau de pirates, nous voyons comme il est accueilli et nous comprenons d’ores et déjà : ces pirates sont tout sauf sanguinaires. L’équipe dirigeante puise son inspiration dans la culture pop des dernières cinquante années, si bien qu’on se croit un peu aux Caraïbes avec ces pirates-là. Le jour des ses 21 ans le contrat de Frederic prend fin, il est libéré et s’en va pour commencer une nouvelle vie de brave citoyen. Sur une plage, il rencontre un groupe de jeunes filles, orphelines et pupilles d’un vieux major général.
Birte Wallbaum, responsable des merveilleux costumes, a mis les dames dans des habits blancs et bleus qui semblent une espèce d’uniforme, et sont tout de même tous différents, et le major général (Alexander Franzen, admirable dans la énumération de ses prouesses académiques) est ridicule à souhait dans son uniforme doré et avec une chevelure grise qui ressemble à un nid d’oiseau. Coup de foudre entre Frederic et Mabel, une une des jeunes filles. C’est Julia Sturzlbaum qui lui prête sa voix chaleureuse et douce. Coup de foudre aussi entre les autres pirates et les filles qui veulent tout de suite tous se marier. Ces pirates, ce sont avant tout leur roi - Daniel Gutmann est époustouflant dans ce rôle : vêtu tout en cuir, il chante merveilleusement, il danse tout en donnant des coups d’épée, il glisse par des cordes, il saute et tourne même des sauts périlleux - et son second, interprété avec fugue par Peter Neustifter. Trois danseurs ajoutent encore plus de drive aux mouvements de la troupe, soutenus vocalement par les hommes du chœur du théâtre.
Le tuteur s’oppose au mariages des pirates avec ses tutelles, les pirates ne peuvent pas le tuer car il prétend être orphelin et ils ne touchent pas aux orphelins, le plan tombe à l’eau - rideau.
L’acte II voit Frédéric dans le manoir du sergent-major prêt à attaquer les pirates avec une compagnie de policiers. On rit aux éclats lors de leur entrée : Holger Ohlmann, leur sergent, porte les traits de John Cleese et toute la troupe arrive en marchant de façon stupide - salutations des Monty Python! Que de voix de basse cependant! Pendant que ces héros hésitent, les pirates réclament de nouveau Frederic comme un des leurs : il a beau avoir 21 ans, il est né un 29 février et a fêté donc son anniversaire pour la quatrième fois seulement, or le contrat stipule qu’il est libéré lors de son 21ème anniversaire. S’ensuit une scène d’adieux avec Mabel qui promet de l’attendre pendant 63 ans. Frederic rejoint de nouveau les pirates. Son sens du devoir le pousse à leur avouer que le tuteur des jeunes filles leur a menti et n’est nullement orphelin. Les pirates crient vengeance, attaquent la maison du vieux militaire pour enlever leurs fiancées, les policiers se sont cachés pour ne pas intervenir , tout semble perdu pour le gentleman. Il sort alors sa botte secrète : entre par la trappe Her Royal Majesty Queen Victoria. Et les pirates de tomber à genoux, sujets loyaux qu’ils sont. Et non seulement, nous apprenons qu’ils sont tous des jeunes Lords, avides d’aventure mais pas vraiment méchants. Un coup de canon clôt la soirée après ce coup de théâtre.
La mise en scène, les décors magnifiques de Karl Fehringer et Judith Leikauf, les protagonistes sur scène, tout cela n’aurait pas de raison d’être sans la musique. Arthur Sullivan paraphrase et parodie joyeusement ses contemporains, tout en restant parfaitement original. Ainsi on entend des allusions à Verdi, Wagner, Schumann ou encore Mendelssohn, selon les besoins du moment. Avec l’orchestre du théâtre Andreas Partilla pose la base pour tout ce qui se passe sur scène, avec vivacité et discretion.
Tout y est pour une soirée de pur divertissement, et par Jupiter, nous nous sommes amusés.
Bravo tutti, on reviendra avec joie!
